H comme Hérault, le département n° 34 qui tire son nom du fleuve qui le traverse. La fiche Wikipédia fourmille de renseignements sur ce sujet.
Aujourd'hui, je voudrais parler de l'Hérault en 1851, plus exactement des héraultais victimes du coup d'état du 2 décembre 1851.

Le 2 décembre 1851, le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, élu au suffrage universel, fait un coup d’Etat pour conserver le pouvoir. Des affiches, imprimées dans la nuit du 1er au 2 décembre, reproduisent un " appel au peuple et aux soldats " ainsi que deux décrets : l’un dissout l’Assemblée nationale, abroge la loi du 31 mai et rétablit le suffrage universel, décrète l’état de siège ; l’autre appelle les Français à un plébiscite pour reconnaître l’autorité de Louis Napoléon.

Au petit matin, les députés ont été arrêtés. Des députés monarchistes tentent de résister à la mairie du Xe arrondissement ; les 220 députés présents avec Odilon Barrot et Berryer sont rapidement dispersés ou vont grossir les effectifs de la prison de Mazas ; un Comité de résistance républicain avec Schœlcher, Jules Favre, Victor Hugo s’efforçe de soulever le peuple parisien ; des barricades, élevées les 3 et 4 décembre, sont vite enlevées par la troupe qui tire le 4 décembre sur la foule qui manifeste sa désapprobation.

La résistance violente s’étendit du 3 au 8 décembre au nord du Massif central, dans l’Allier, la Nièvre, dans quelques foyers du Sud-Ouest, à Auch et dans l’Hérault (à Bédarieux et à Béziers). La principale résistance se manifeste dans le Sud-Est, en Ardèche, dans la Drôme, les Basses-Alpes et le Var.

Cette opposition fut vite réduite ; 32 départements furent mis en état de siège (le 8 décembre dans l'Hérault), 27 000 arrestations opérées. Sur simple décision administrative, 19 464 personnes sont condamnées à des peines diverses, dont 9 820 à la transportation à Cayenne ou en Algérie.

La justice commença à instruire ces affaires mais elle fut dessaisie et, dans chaque département, fut constituée une commission mixte formée du préfet, d'un général ou d'un officier supérieur, d'un magistrat. Les débats étaient brefs ; les accusés n’avaient pas de défenseurs ; les décisions étaient sans appel.

Sur 19 464 personnes condamnées par les commissions mixtes, 9 820 furent « transportées » (239 à Cayenne ; 4 549 en Algérie avec le signe + qui signifiait résidence forcée ; 5 032 en Algérie, signe -, c’est-à-dire en résidence libre. Les autres eurent des peines plus légères : expulsion (980) ; éloignement temporaire (640) ; internement (2 827) ; mise sous surveillance (5 197).

L’arbitraire le plus total avait régné dans cette épuration. On pouvait être condamné sans avoir bougé. L’administration avait tranché, et non la justice régulière. Dans l'ouvrage de 1853 "Les Bagnes d'Afrique : histoire de la transportation de décembre", on cite le chiffre de 3 000 personnes exécutées sans jugement dans l'Hérault. D’un département à l’autre, on n’avait pas décidé selon les mêmes critères. Des grâces, des adoucissements de peines furent ensuite accordés, mais toujours de façon arbitraire.

A la suite des arrestations opérées en décembre, 3 023 héraultais sont en prison. Les instructions du Ministre de l'Intérieur recommandant de faire preuve de mansuétude à l'égard des insurgés, le Préfet de l'Hérault fait libérer 360 personnes.

Les 2 663 internés restant passent devant des commissions entre février et avril 1852. Les sentences sont diverses :

  • 97 (dont 20 contumaces) sont renvoyés devant les conseils de guerre,
  • 10 (dont 2 contumaces) sont condamnés à la transportation à Cayenne.
  • 37 (dont 6 contumaces) sont expulsés de France.
  • 9 (dont 2 contumaces) sont condamnés à l'éloignement momentané du territoire.
  • 42 (dont 3 contumaces) sont condamnés à l'internement avec obligation de résider.
  • 15 sont renvoyés en police correctionnelle.
  • 879 sont libérés dont 327 placés sous surveillance de la police.
  • 1 574 personnes (dont 280 contumaces) sont condamnées à la transportation en Algérie, dans le pénitencier agricole de Lambèse (fondé en vertu d'une loi du 24 janvier 1850) ou les camps d’Aïn-Sultan, Birkhadem, Bourkika, Douéra, Oued-Boutan, Bel-Abbès et Sidi-Brahim.

Les condamnés sont incarcérés dans les prisons de Montpellier, Béziers, Pézenas, le fort Brescou, au large d’Agde. Ils vont ensuite à pied à Cette et attendent au fort Saint-Pierre leur embarquement sur les quatre navires – Le Grondeur, Le Requin, Le Dauphin et L’Eclaireur – affrétés pour les opérations de transportation vers Bône, Alger ou Oran.

Les 133 premiers détenus embarquent à Sète le 25 février 1852 sur le Dauphin pour Alger. A leur arrivée, ils sont dirigés sur Birkadem. Egalement à destination d'Alger, le Grandeur embarque 211 détenus le 19 mars, l'Eclaireur 196 (dont 72 du Gers) le 23 mars, le Grandeur 222 (dont 51 du Gers) le 25 mars.

L'Eclaireur embarque 174 détenus (dont 64 de Toulouse) le 11 avril pour Bône. Le 26 avril, 376 prisonniers embarquent pour cette même destination : 158 à bord de l'Eclaireur, 218 sur le Requin. Le 8 mai, l'Eclaireur amènera encore 160 prisonniers à Bône.

Les transportés étaient divisés en trois catégories :

  • ceux qui étaient internés dans les forts et les camps,
  • ceux qui étaient admis dans les villages,
  • enfin ceux qui étaient autorisés à se livrer à des exploitations particulières ou astreints seulement à résider sur certains points déterminés.

Les condamnés pouvaient passer d'une catégorie dans l'autre lorsque leur conduite donnait satisfaction :

  • dans la seconde catégorie, ils travaillaient par escouades de vingt à des défrichements, des dessèchements, des cultures, des constructions;
  • dans la troisième catégorie, ils se livraient au travail individuellement et pouvaient même obtenir des concessions, mais ne recevaient plus d'allocations de vivres.



Ce billet reprend l'article "Les évènements de 1851 dans l'Hérault" publié sur mon site internet. Les sources utilisées pour l'écrire sont indiquées en haut de page.