Le phylloxéra de la vigne est un minuscule puceron originaire d'Amérique du nord. Il fut responsable, dans la deuxième partie du 19e siècle, d'une terrible catastrophe causant d'épouvantables dégâts sur les vignobles français et européens.

En 1845, le vignoble français est attaqué par un champignon, l’Oïdium. En 1855 cette alerte est jugulée. Le vignoble français connaît une décade de croissance et d’opulence. Certains pépiniéristes et collectionneurs de vignes de Floirac, de Roquemaure, de Prigny en Suisse, de Cognac, importent dans les années 1855/1863 des plants américains pour les acclimater à nos régions et pour éventuellement lutter contre l’Oïdium.

En 1863, les vignobles de Pujaut, dans le Gard, sont atteints par une mystérieuse maladie qui provoque le dessèchement des sarments et des feuilles, entraînant la mort des ceps.

En 1868, la maladie s'étant propagée à une vitesse foudroyante, la société centrale d'agriculture de l'Hérault nomme une commission qui va se rendre dans le Vaucluse pour étudier les vignes malades. Cette commission se compose de trois experts : Gaston Bazille, Félix Sahut et Jean-Emile Planchon. Les trois experts découvrent dans les vignes dévastées la présence de « centaines, de milliers de pucerons vus à divers états de développement ».

Planchon propose d'appeler l'insecte « rhizaphis vastatrix », mais le docteur Victor Signoret, entomologiste parisien à qui Planchon avait envoyé des spécimens reconnaît un phylloxéra proche de ceux vivant sur des chênes et qui provoquaient le dessèchement des feuilles, d'où leur nom (du grec phyllon « feuille » et xeros « sec « ). Le responsable est nommé : phylloxéra vastatrix (du latin vastatrix « dévastateur).

Les scientifiques cherchent des solutions pour sauver la viticulture française. Léopold Laliman, propriétaire en Bordelais, a très vite avancé l'idée d'une immunité acquise par certains cépages américains. De son côté, Jules-Emile Planchon établit, en 1870, que le phylloxéra avait été introduit par des viticulteurs ayant importé des plants américains supposés plus résistants à l'oïdium. Ayant contacté des scientifiques américains, Planchon partit en mission aux Etats-Unis et revint avec un grand nombre de plants américains qui furent expérimentés à l'école d'agriculture de Montpellier. Avec Jules Lichtenstein, il commence à greffer des cépages français sur des plants américains racinés.

Après des années d'opposition entre les divers procédés, l'option des américanistes (adoption des porte-greffes issus des plants américains résistants au phylloxéra) l'emporte sur les sulfuristes (injection du sulfure de carbone au pied des ceps, au moyen des pals métalliques). La reconstitution du vignoble est en marche. Entre 1885 et 1895, un nouveau vignoble est implanté en France, réduit cependant d'un tiers : 1 740 000 hectares en 1900 contre 2 600 000 en 1865. Mais, très rapidement, le vignoble régénéré arrivera à produire dans les années 1900-1909 57 millions d'hectolitres de vin contre 53 millions en moyenne avant l'arrivée du phylloxéra. Les modifications techniques imposées par la lutte contre le « puceron dévastateur » vont entraîner des changements radicaux dans la culture de la vigne.

"L'histoire de l'Agriculture ne nous a conservé, à aucun moment et pour aucune autre plante cultivée, le souvenir d'une crise aussi grave que celle traversée par les vignes de l'ancien continent lorsqu'elles furent envahies par le Phylloxéra" Gustave Foex, 1900